208 LIVRE VIII, OU. III. DE LA LIBERTÉ
ne se contente-t-il pas de ces livres, les seuls dont la tenuerégulière lui soit ordonnée, et a-t-il grand soin d’ouvrir descomptes particuliers à toutes ses opérations un peu considé-rables, de débiter chacune de ces opérations de tout cequ’elle coûte, de la créditer de tout ce qu’elle rapporte, et dese ménager ainsi les moyens de reconnaître celle qui pro-cure des profits, celle qui donne de la perte, et par consé-quent-celles qu’il peut continuer avec avantage et celles qu’ildoit abandonner.
Ainsi, l’on trouve à faire ici l’application de toutes les fa-cultés qui constituent le génie des affaires. On va voir qu’ilen est de même des divers genres de capacité qui tiennentà l’art.
Il ne suffit pas plus dans l’industrie voiturière que danstoute autre de savoir ce qu’il convient d’entreprendre : il fautencore être en état de le mettre à exécution. La premièrechose sans doute est bien de savoir ce qu’on peut porter uti-lement dans un pays, et ce qu’on peut en rapporter avecavantage; mais il faut en outre être en état d’effectuer cestransports, de les effectuer d’une manière sûre, commode,rapide, peu dispendieuse. Or, c’est là un art, et un art im-mense, un art qui en renferme une multitude d’autres. Pourdevenir capable de porter chaque chose des lieux d’où onpouvait la tirer, partout où la demande en pouvait être faite,il a fallu connaître la position respective de tous les points duglobe, et apprendre à se diriger de chacun de ces points verstous les autres; il a fallu savoir créer des voies pour se con-duire, et inventer les machines les plus propres au transportdes fardeaux. Or ce sont là autant d’arts, et des arts qui de-mandent, pour être bien exercés, ce que demandent tous lesarts, c’est-à-dire des connaissances techniques, des notions