2-12 LIVRE VIII, CH. III. DE LA LIBERTÉ
dirigé sur terre et sur mer, qu’on a construit les voies etles voitures, et qu’on s’en est servi d’une manière purementempirique.
Je vais plus loin, et je dis que c’est ainsi encore qu’il seraitraisonnable de commencer; c’est-à-dire que, pour devenirbon marin, par exemple, il vaudrait infiniment mieux allertout de suite, à bord d’un navire, voir faire la manœuvre, yprendre part, et se mettre à naviguer sous la direction d’unpilote habile, que commencer, par exemple, comme c’était larègle du temps de la Restauration, par aller faire ce qu’on appe-lait alors un cours de navigation à l’école de marine d’Àngou-lême, et apprendre là, in genere demonslrativo , comment onmanœuvre un navire et comment on se dirige sur mer, sauf às’instruire plus tard de l’art auquel on aurait à faire l’appli-cation de sa science. C’est encore ainsi que, pour diriger laconstruction d’une route, il vaudrait peut-être mieux avoirl’expérience réunie d’un pionnier et d’un postillon que desortir tout frais émoulu de l’école polytechnique et de celledes ponts-et-chaussées. « Les méthodes analytiques, observeun écrivain judicieux, sont applicables au roulage comme àtoute autre opération mécanique; mais cet art se compliquede tant de données minutieuses impossibles à soumettre aucalcul, que l’analyse séparée de la pratique ne donnera jamaisque des lumières trompeuses. Le rôle de l’analyse doit êtrede coordonner et d’expliquer des expériences directes, répé-tées à diverses reprises par des personnes et sur des locali-tés différentes, telles que l’artillerie en fait dans ses écolesavant d’adopter les améliorations les plus sures en apparence:il faut mettre l’ingénieur et le savant en contact avec le sim-ple roulier, avec le postillon ; et si l’on prend jamais ce parti,on sera surpris de trouver dans cette classe d’hommes gros-siers les remarques les plus sensées et souvent les plus déli-