220 LIVRE VIII, CH. III. DE LA LIBERTÉ
s’abstienne de toute injuste entreprise, non-seulement surses voies, mais sur toutes les parties de son domaine. Que desentrepreneurs de ce genre d’industrie veuillent accaparer lemarché, les marchandises, les voitures ou les voies, la libertédu voiturage sera également atteinte et amoindrie; elle lesera d’autant plus que le monopole sera concentré dans moinsde mains, et qu’il s’étendra à plus de choses; et elle le seranon-seulement parce que les monopoleurs empêcheront ma-tériellement tout le monde d’agir, mais encore parce qu’ils seseront ôté a eux-mêmes tout intérêt à bien faire, tout motifd’émulation, par conséquent tout ressort, et bientôt toute ca-pacité.
On sait que les voitureurs avec privilège ne sont pas plushabiles dans l’exercice de leur industrie que les fabricantsprivilégiés. D’après un mémoire sur l’application de la dy-nexique aux divers moyens de transports, lu en 1824 à l’A-cadémie des sciences, l’ancienne ferme des messageries, quine permettait à personne d’établir des voitures, était elle-même si peu capable d’en créer de bonnes, qu’il fallait à sescoches dix jours pour faire le voyage de Lyon , qu’on laitmaintenant en moins de deux, et trois jours pour faire celuide Rouen, qu’on fait maintenant en dix heures ('). On pour-rait citer beaucoup d’autres exemples de l’incapacité des en-trepreneurs privilégiés de transport. Le monopole produitdans cette industrie absolument les mêmes effets que dansles autres. Débarrassant de toute concurrence, il dispensede tout effort; il amortit l’action de ceux qu’il favorise en
(') Depuis que ceci a été écrit, d’autres moyens ont rendu les com-munications entre Paris et Rouen bien autrement rapides. 11 ne fautplus aujourd’hui que trois heures pour exécuter ce trajet, qui deman-dait autrefois trois jours.