de l’industrie voiturière. 227
même temps qu’il fait violence à ceux qu’il dépouille, et ildétruit doublement ainsi la liberté d’agir.
Il ne suffirait cependant pas, pour que l'industrie voitu-rière fût véritablement libre, que chacun s’abstint de cesexcès comme individu, et il est encore plus essentiel, et mal-heureusement plus difficile, qu’on sache s’en défendre commepublic. Il est bien vrai qu’ils supposent tous de mauvaisesdispositions individuelles; mais il est assez visible qu’ils nesont pas tous commis par des individus. Ce n’élait pas indi-viduellement, dans l’ancien régime, que les agents de l’in-dustrie voiturière se livraient à quelques-uns des excès queje viens d’énumérer, et, par exemple, que certaines compa-gnies avaient accaparé l’approvisionnement de certains pays,ou le voiturage de certaines marchandises, ou l’usage de cer-tains moyens de transport, ou la navigation de certaines ri-vières : elles avaient eu besoin pour cela de la connivence etde l’appui de la société, ou des pouvoirs publics sortis de sonsein et qui avaient mission de parler et d’agir pour elle.Dans l’industrie voiturière, comme dans les autres, les excèsque les hommes commettent isolément sont toujours peu dechose en comparaison de ceux auxquels ils se livrent en nomcollectif. Pour quelques furtifs empiètements que se permet-tront des entrepreneurs de voiturage isolés, des corps de na-tion se livreront ouvertement aux usurpations les plus vastes.Chaque peuple de l’Europe, par exemple, entreprendra demettre la main sur quelque portion de l’Asie, de l’Afrique, del’Amérique, et défendra au reste du monde de rien voiturerdans les régions qu’il aura envahies. A côté d’individus quitenteront d’empiéter sur quelque chemin, quelque coursd’eau, on verra des corps de nation essayer d’usurper desmers entières. Les Ottomans, à cheval sur le Bosphore et lesDardanelles, ne voudront pas laisser le passage libre entre la