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LIVRE VIII, Cil. III. UE LA. LIBERTE
avancer simultanément, avaient besoin d’être placées dansdes situations identiques, il faudrait, à peu près partout, re-noncer à tout progrès un peu général ; car presque nulle partune telle égalité n’existe, ni ne saurait être établie. Mais ellen’est heureusement pas nécessaire, et l’on voit dans l’intérieurde chaque pays des entreprises industrielles de même natureprospérer simultanément, quoique à des degrés divers, dansles situations les plus inégales. Les exemples en sont nom-breux dans toutes les industries : dans l’industrie manufac-turière, où, d’une entreprise à une autre, se manifestent desdifférences si marquées, et dans les industries minérale etagricole, où sont exploités avec profit des terrains si divers etdans des situations si inégalement favorables. Or, si cesgraves inégalités n’empêchent pas une certaine prospéritécommune, dans un cercle limité, pourquoi donc la rendraient-elles impossible dans des espaces plus étendus, où le dangerserait affaibli par la distance? et quand, dans l’intérieur d’unmême pays, et de province à province, on ne sent pas le be-soin de compenser par des douanes la différence des situa-tions, comment se ferait-il que, de royaume à royaume, cettecompensation fût d’un impérieuse nécessité? Il faudrait aumoins pour cela que, de royaume à royaume, les inégalitésde situation fussent infiniment plus prononcées qu’elles nele sont de province à province, et il est permis d'affirmer qu’iln’en est pas ordinairement ainsi. N’est-ii pas évident, parexemple, qu’il n’y a pas, à beaucoup près, aussi loin de l’in-dustrie de Manchester à celle de Mulhouse ou de Saint-Quen-tin, que de celle-ci à celle de tel autre point de la France, oùl’industrie cotonnière en est à peine à ses débuts; et si tellefilature naissante, dans un de nos départements les moinsavancés, n’est pas arrêtée par la redoutable concurrence del’Alsace, n’y a-t-il pas quelque raison de croire que les fila-