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LIVRE VIII, Cil. IV. DE LA LIBERTÉ
entrepreneurs d’industrie. Les agrégations d’accapareursétaient sans cesse occupées, entre elles à se borner les unesles autres, en dehors d’elles a prévenir l’établissement dequelque métier nouveau. Nul, hors de leur sein, ne pouvaitfaire, ni la chose dont elles s’occupaient, ni une chose appro-chante, ni rien qui eût avec cette chose quelque apparenced’analogie ('). Ce n’était qu’avec des peines extrêmes qu’uneindustrie nouvelle parvenait à se faire tolérer. Nos fabriquesde cotonnades, de toiles peintes, et une foule d’autres quifont aujourd’hui l’honneur et la richesse du pays, ont trouvé,chacune à leur tour, dans les industries existantes, une ré-sistance opiniâtre à leur établissement. Les monopoleurs nese montraient pas moins ennemis des procédés nouveauxque des productions nouvelles : il fallait se garder de mieuxfaire que son voisin; la chose n’eût pas été soufferte : toutmétier avait ses règles de fabrication que nul ne pouvait en-freindre, comme toute science ses théories dont nul ne pou-vait s’écarter. Enfin, on ne permettait pas plus d’employerde nouveaux outils que de suivre de nouvelles méthodes :celui qui n’avait qu’un mauvais instrument ne voulait pasqu’on en inventât un meilleur ; celui qui n’avait que ses lirasne voulait pas qu’on inventât du tout. L’ouvrier brisait lesmécaniques; le maître s’opposait à leur perfectionnement.Combien de temps les propriétaires de martinet n’onl-ils pasréclamé contre l’emploi des laminoirs? Combien de temps
(') Qui ne sait, par exemple, que les tailleurs, marchands d’habitsneufs , accusaient les fripiers d'empiéter sur leur domaine en vendantde vieux habits; que les cordonniers contestaient aux savetiers le droitde faire leurs propres souliers et ceux de leurs enfants et de leursfemmes? qu’Argan, inventeur des lampes à courant d’air, fut cité de-vant le parlement par les ferblantiers, serruriers et taillandiers, quirevendiquaient le droit exclusif de faire des lampes? etc., etc.