DE LA NATION SUISSE.
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Tous les seigneurs cependant ne ressemblaient pas à ceuxdont nous avons retracé les violences et l’oppression. Plu-sieurs d’entre eux, soit qu’ils fussent plus humains, soit qu’ilsentendissent mieux leurs intérêts, allégèrent le joug de laservitude qui pesait sur leurs sujets, et virent avec plaisir lapopulation augmenter dans leurs terres. Ils divisèrent lesterres en friche et les pâturages de leurs fiefs et propriétésentre les familles des tenanciers, qui, en échange, étaientassujettis à des prestations qui n’avaient rien d’uniforme etvariaient avec les usages, la condition des personnes, lesbesoins du seigneur et les produits du sol dans les di-verses localités. Ici, un petit tribut d’œufs et de poules étaittout ce que le seigneur pouvait exiger de ses colons. Là, aucontraire, les serfs étaient foulés de toute espèce de presta-tions, de redevances, de corvéeset de charrois; ils labouraientles champs du seigneur, charriaient son vin, engrangeaientses récoltes, payaient la dîme de leurs produits, lui fournis-saient, à jour fixe, une quantité déterminée de fromage, dela toile, des poules, des œufs, des gâteaux et des bouquets defleurs ( M. A ces services onéreux se joignaient parfois desprestations ridicules ou honteuses, comme de se laisser tirerl’oreille ou de chanter une chanson libre devant le seigneur.
Après la mort d’un père de famille serf, ses enfants don-naient à leur seigneur ou au couvent auquel ils apparte-naient, le meilleur habit du défunt, le meilleur meuble de lamaison, la meilleure bêle de l’étable. Quand ils avaient satis-fait par ce moyen au droit de meilleur catel, les enfants gar-daient le reste à titre d’héritage et de propriété.
En échange de tant de services, le seigneur avait aussiquelques obligations à remplir envers ses serfs. Il devait lesprotéger en temps de guerre, les nourrir en cas de disette.Considéré comme l'unique propriétaire du sol, le seigneurleur prêtait non-seulement le sol pour le cultiver et y bâtirune maison, mais encore le bois de construction et une éta-ble, la charrue, un chariot, les graines pour les travaux dela campagne, une hache et une échelle pour les travaux de
(I) Les pâtres de Charmey el des Alpes payaient chaque année aucomte de Gruyères uii chapon et une coupe d’avoine. Les focagers do la sau-vage vallée de l'Etivaz, une belle recevable tête ( matotte ) de beurre. Ilsétaient, de plus, tenus au guet et à la chevauchée accoutumée, llisel '
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