AVANT-PROPOS.
Les études historiques ont pris depuis vingt ans un dé-veloppement remarquable ; elles occupent une place impor-tante dans l’enseignement ; et la publication des Précis ap-prouvés par l’Université, en faisant connaître avec exactitudeles résultats des travaux accomplis jusqu’à ce jour, a puis-samment contribué à répandre eq France le goût de cettenouvelle source d’instruction.
Il existe toutefois dans ces ouvrages une lacune regretta-ble : la chronologie, si justement nommée le flambeau del’histoire, ne s’y trouve qu’imparfaitement représentée, ets’efface en quelque sorte au milieu du récit des grands évé-nements ; l’ignorance profonde, on peut le dire, que mon-trent la plupart des jeunes gens, dans la distinction destemps et des époques, révèle l’existence d’un mal trop long-temps négligé et la nécessité d’un prompt remède. Deman-dez à un élève sortant du collège quels étaient les princes con-temporains de saint Louis, de Charles VIII ou de Henri IV;demandez-lui la suite des souverains de l’Angleterre ou del’Espagne aux 12® et 13» siècles ; en quelle année florissaittel savant, tel artiste célèbre, et vous reconnaîtrez bientôtqu’il règne dans son esprit une confusion vraiment déplo-rable.
Trois causes principales produisent ce résultat : a. la di-vergence des systèmes chronologiques, la difficulté de les ac-corder, et, sous ce rapport, l’insuffisance des livres mis à laportée de la jeunesse ; b. l’aridité d’une étude presqueuniquement fondée sur des séries de noms et de dates ; c. lafaiblesse, et quelquefois l’abus de la mémoire.
a. Quand on songe que plus de deux cents opinions con-tradictoires ont été émises sur l’époque de la création dumonde ; que chaque peuple a son ère particulière pour lasupputation des temps, et que rarement les livres que l'onconsulte offrent un système de chronologie identique, on esteffrayé du travail et des recherches, auxquels on est obligéde se livrer, pour apporter quelque lumière dans cette es-pèce de chaos, que les érudits seuls osent aborder, et l’on