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organisées de la Suisse, les écrits de Rousseau devaientremuer.
Rousseau fut en Suisse mille fois plus populaire queVoltaire, qui, en politique, n’allait guère plus loin que lamonarchie anglaise, et qui resta aristocrate dans toutesses allures. Les griefs des Représentants vinrent se grou-per autour de la cause du philosophe genevois, devenue,en quelque sorte, et malgré lui, la cause du pays. LesLettres de la Montagne ( 1764) parurent au milieu decette effervescence. C’est encore un livre tout genevois,dans lequel Rousseau montre une connaissance pro-fonde de l’histoire et de l’ancienne constitution de sapatrie. En vain Voltaire voulut-il jeter son persiflageau milieu de cette tempête qui l’offusquait. La Guerrecivile de Genève n’excita ni le rire ni la colère 1 , et lacause populaire finit par remporter en 1768, sur le partinégatif, une véritable victoire, qui fut le signal de laguerre livrée à toutes les aristocraties grandes et petitesdans notre Europe, à la fin du siècle. Les grands prin-cipes proclamés en France et dans le monde en 1789,n’étaient autres que ceux proclamés par Rousseau à
1. La Guerre civile de Genève, ou les amours de Robert Covelle,poëme héroïque, augmenté du portrait de Jean-Jacques Rousseau. ABesançon, chez Nicolas Grandvel, 1769. — On lit dans le Prologue :« Paris est une ville trop occupée d'objets sérieux pour être seule-ment informée de la guerre de Genève. Mais nous espérons d'êtrelu des beaux esprits du Pays de Gex, des Savoyards, des PetitsCantons suisses, de Mgr. l’abbé de Saint-Gall, de Mgr. l'évêqued’Annecy et de son chapitre, des révérends pères Carmes de Fri-bourg, etc. Contenti paucis lectoribus. »
On sait que le sujet de la Guerre civile était le refus qu'avait fait