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commençant par Bâle et en finissant par Genève. L’au-teur est parfois assez malin et même caustique. Il sepiquait d’exactitude et d’impartialité. Cependant laSuisse était alors une machine politique si compliquée,si disparate et si peu connue, que Sinner fut taxé delégèreté et d’inexactitude par les Bàlois, malgré toutle soin qu’il avait mis à rédiger les chapitres qui con-cernaient leur ville. Sinner avait parlé d’un cordon-nier bâlois, sénateur, qui prenait la mesure d’une pairede souliers en habit de magistrat. Il avait relevé d’au-tres singularités. Un citoyen de Bâle, en contestant lavérité de ces traits, écrivit à un de ses amis de Neuchâ-tel, qui avait dit, à cette occasion, dans le Journal Hel-vétique, que pour bien observer, rire et réfléchir, iln’était pas besoin d’aller au Groënland ou chez lesHottentots, parce qu’un voyage en Suisse suffisait 1 :
« D’où vient que dans un pays qui offre tant desingularités, la nation est heureuse? C’est que ces sin-gularités ne sont en partie qu’apparentes, et propresseulement à arrêter un voyageur superficiel. C’est, surtoutes choses, que nous n’avons ni patriciens, ni prêtrespolitiques, ni financiers, ni soldatesque. »
L’abbé Baynal vint en Suisse en 1780. Jean de Mul-ler, qui le vit à Berne, le jugea en trois mots : « Il aimeà parler ; sa conversation est instructive, et c’est un hon-nête homme. » Sinner voulut avoir l’avis d’un hommede lettres aussi distingué (car YHistoire politique etphilosophique des deux Indes faisait alors grand bruit)
1. Journal Helvétique, mai 1781.