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sur le Voyage dans la Suisse occidentale. Sachant queRaynal devait aller de Neuchâtel à Berne, il sortit deson château haillival de Cerlier, et alla l’attendre àl’auberge d’Anet*. Quand il fut arrivé, Sinner trouvamoyen d’engager avec lui une conversation sur la Suisse.— « Je connais ce pays depuis longtemps, disait Ray-nal, et mieux que les Suisses eux-mêmes. Je vous dé-clare qu’il n’a pas de nationalité. Genève et Neuchâtel,c’est encore un peu la France ; Zurich, c’est déjà tout-à-fait l’Allemagne.
— Et Berne? demanda Sinner.
— Berne ? Quelle langue parle-t-on à Berne?
— Le peuple parle une espèce d’allemand assez gros-sier ; mais nous autres patriciens, nous parlons et nousécrivons le français.
— Ah! vraiment?... Ce doit être également une es-pèce de français.
— Il est vrai, repartit le bailli un peu piqué, que laplupart des auteurs bernois se ressentent de leur ori-gine germanique. Cependant il en est quelques-uns quifont exception.»
Là-dessus, Sinner présenta un volume de son VoyageàRaynal,qui l’ouvrit négligemment, lut quelques ligneset dit : « Ce n’est pas mal pour un Bernois, beaucoupmoins mal que je ne l’aurais cru. »
1. Cette anecdote a été racontée par M. Félix Bovet, bibliothé-caire à Neuchâtel, dans un article intitulé Berne au XVIII e siècle,qui donne des extraits fort curieux d’un troisième volume duVoyage de Sinner, resté inédit, parce que le Gouvernement deBerne s’était opposé à sa publication. Bien avant son entrevue avecRaynal, Sinner avait visité J.-J. Rousseau à Motiers.