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vait se reprocher d’avoir été souvent trop tranchant. Sinous avons insisté sur le caractère et les écrits du célè-bre publiciste genevois, c’est qu’on s’en est beaucoupoccupé ces derniers temps 1 .
Un autre livre, qui porte à peu près le même titreque celui de Mallet, les Considérations sur la France,par le comte Joseph de Maistre, parut en Suisse, oùl’auteur avait émigré. Ce pamphlet célèbre se lie ainsià notre histoire. L’auteur savoyard n’est pas plus infail-lible que le Genevois en fait de jugement sur les desti-nées des nations. Ainsi, par exemple, il ne peut prendreau sérieux l’avenir des Etats-Unis et les prétentions desrépubliques d’Amérique à fonder de grandes villes.
Dans les événements qui amenèrent les Français enSuisse, les griefs du Pays de Vaud occupent la placeprincipale. Ces griefs furent le grand prétexte d’inter-vention. On sait que Frédéric-César La Harpe et Jean-Jacques Cart revendiquèrent avec énergie les ancienneslibertés de leur patrie, confisquées depuis des sièclespar les Bernois. Cart, dans sa polémique 2 , sentait sonavocat, comme dit Saint-Evremond en parlant d’unorateur romain. La Harpe était plus littéraire et plushistorien. L’un et l’autre battaient en brèche le gou-vernement de Berne, et prouvaient qu’il avait anéanti,
1. M. Sayous, ancien professeur à l’Académie de Genève, a pu-blié les Mémoires de Mallel-Dupan. Ce livre a eu un succès qu’ilméritait à tous égards.
2. Lettre de J.-J. Cart à Bernard de Murait , trésorier du Pays deVaud, sur le droit publie de ce pays et sur les événements actuels.Paris, 1793; in-8°.