« Suisse, ô mon berceau ! le sentiment de la plusdouce joie presse mon âme à l’aspect de ton bonheur,et mes vœux constamment t’y rappellent. Tous les mauxde la guerre ne ravagent pas ma patrie. Nous cultivonsen paix le champ de nos aïeux ; nous dormons tran-quilles à l’abri de la loi qui veille, et nous savons quel’autorité souveraine n’est que l’égide, que l’appui dela loi. »
Certes, un pareil langage n’avait rien de désobligeantpour Berne. Il était aussi conciliant, aussi apologé-tique qu’on pouvait l’exiger d’un Yaudois. Il n’empê-cha pas l’auteur d’être condamné, peu après, à cinq ansde prison, pour avoir pris part à un banquet devenufameux dans les annales vaudoises, et porté un toastà la grande nation. Des mesures non moins acerbeslurent décrétées contre d’autres citoyens qui jusqu’a-lors avaient été connus par la modération de leurs opi-nions. Il y eut des poursuites terribles, et tout-à-faitinouïes, dirigées contre la presse et contre d’obscursdistributeurs de brochures politiques *. Ces rigueursétaient complètement impuissantes et ne faisaientqu’augmenter le mal. Ceux-là même qui avaient d’a-bord paru vouloir se tenir à l’écart, furent obligés deprendre parti et de suivre les nouvelles destinées de lapatrie. Les Monod, les Muret, les Pidou, les Secretan,ces hommes remarquables qui contribuèrent si puis-samment à la création du canton de Vaud, n’étaient
1. Lisez YBistoire du patriote Reymondin pendant sa détention dansles différentes bastilles du canton de Berne. 1793 ; in-12.