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pas des révolutionnaires ; c’étaient plutôt des hommesde lettres ou des légistes instruits et lettrés. Les mé-moires qu’ils ont laissés, leurs correspondances et leurstravaux législatifs, leurs discours académiques 1 , attes-tent une culture intellectuelle et une éducation tout-à-fait supérieures. La nouvelle Suisse, celle qui sortit ducataclysme de 1798, dut son maintien, sa préservationet ses meilleures institutions à des magistrats profon-dément imbus des idées littéraires du dix-huitièmesiècle. On peut dire que, jusqu’à un certain point, lalittérature sauva la révolution.
A Genève, il en fut de même. Les Simonde de Sis-mondi, les Etienne Dumont, les Bellot, et tant d’autres,dont les titres littéraires appartiennent au dix-neuvièmesiècle, mais dont l’éducation s’était faite dans le dix-huitième, sont là pour attester la vérité et l’exactitudede notre thèse.
Et la science, quel rôle n’a-t-elle pas joué dans lapériode si critique et si difficile que Genève eut à tra-verser depuis son annexion à la France jusqu’au mo-ment où cette république fut rendue à elle-même et àla Suisse !
La création de la Bibliothèque britannique, en 1796 2 ,fit plus pour le maintien de l’indépendance de Genève
1. Voyez entre autres les discours prononcés à diverses datespar le landammann Pidou, lors de l’installation des professeurs àl’Académie de Lausanne. Ils sont tous imprimés à part.
2. La Bibliothèque britannique fut fondée, en 1796, par Auguste etCharles Pictet et par F.-G. Maurice. Elle compte 120 volumes jus-qu a 1815.