518 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE,
était moins raisonnable et plus impraticable, où chacunse proposait de vendre aux autres sans leur rien ache-ter. Delà était née une législation restrictive qui avait étéappliquée successivement à toutes les marchandises, etdont l’effet infaillible était de gêner les approvisionne-ments et d’empêcher l’abondance. TouslesÉtats, presquesans exception, s’étaient imposé desloisdontl’objet avouéétait d’enchérir dans une forte proportion les matièrespremières, et, qui pourrait le croire? les subsistanceselles-mêmes, à commencer par celles qui sont de pre-mière nécessité, comme le pain et la viande. Les ma-chines et les appareils dont s’assistent les différentesbranches de l’industrie, aussi bien l’agriculture que lesmanufactures, aussi bien la grande navigation que lapêche fluviale, avaient été l’objet de mesures sembla-bles. Les objets manufacturés n’avaient pas échappé àcette influence, que favorisaient trop souvent les hainesnationales, et qu’entretenaient habilement des intérêtsprivés, ingénieux à profiter de toutes les occasions pourse satisfaire. Le moyen employé consistait à établir à lafrontière un droit d’entrée en général très-élevé etsouvent même la prohibition absolue, afin que les ar-ticles produits à l’intérieur ne fussent pas influencés dansleurs prix par les similaires du dehors. Parmi les ins-truments du travail, rien n’avait échappé aux prescrip-tions du système, pas même la charrue du laboureurni le marteau ou le soufflet du forgeron ambulant,ni le rouet du gagne-petit, ni les ustensiles dont se sertla plus humble des ménagères dans sa famille. Pourjustifier celle aberration, l’on s’appuyait du nom de Col-bert ; mais c’était bien à tort, car ce grand ministre, quandil formula le tarif des douanes françaises, s’était biengardé des exagérations dont les peuples les plus policésont depuis été les témoins et les patients; par exemple,