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VINGT-CINQUIÈME LEÇON,ciale qui isolerait les nations et les parquerait chacunedans son territoire, heurte de front le désir qu’ont tousles peuples de se rapprocher, de mettre en communleurs connaissances, de s’exciter mutuellement au pro-grès, de se fournir réciproquement des modèles et desexemples, et d’arriver, par le concours de leur activitéintelligente; à résoudre autant que possible le grandproblème du bien-être universel. Il y a un mouvementsensible vers un état de choses où les peuples de l’Eu-rope seraient les uns vis-à-vis des autres comme desconfédérés, et où le monde civilisé offrirait, sauf à quel-ques moments d’égarement, le spectacle d’une noble etféconde association. Des efforts admirables se font pourconstituer sur des bases fermes le grand principe de lasolidarité des nations éclairées. Dans l’ordre des faits ma-tériels, les chemins de fer, qui s’exécutent à grands frais,s’étendront bientôt sur toute l’Europe comme un ré-seau qui en reliera toutes les parties. Dans l’ordre mo-ral et politique, nous sommes témoins d’actes solennels,tels que le traité de Paris du 30 mars 1856, où cette soli-darité est inscrite en traits éclatants. Une politique com-merciale qui, dans ces circonstances, affiche le principede l’isolement, n’est pas seulement contraire à la raisonet à l’intérêt général : on serait fondé à dire qu’elle estsacrilège, car elle est au rebours des beaux sentimentsque le christianisme a accrédités parmi les hommes.
Au point de vue économique, par rapport au sujet dubon marché qui nous occupe ici, le système commercialde l’isolement que préconisent les prohibitionistes, sou-lève de bien fortes objections. 11 est en effet la négationd’une des vérités les mieux établies de l’économie politi-que, à savoir que la division du travail est une des con-ditions d’une bonne économie. Cette règle n’est pasfttoins vraie pour les nations que pour les individus.