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COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
ne m’étonne pas qu’ils le vantent comme une perfection.Il subordonne complètement en effet le consommateur,qui est tout le monde, aux chefs des manufactures, quine sont que quelques-uns, ou plutôt à une partie seule-ment de ces chefs; car il serait aisé d’indiquer plusieurscatégories nombreuses de manufacturiers qu’il est impos-sible d’inscrire parmi les bénéficiaires du système. Je ci-terai, par exemple, les chefs des industries où l’on est par-venu à produire à aussi bon marché que l’étranger et oùrègne d’ailleurs une concurrence assez active pour quele public consommateur recueille l’avantage de cetabaissement des frais de production. Je pourrais signaleraussi tous ceux, dont la liste serait longue, qui, si lesystème prohibitioniste ne leur barrait le chemin, tire-raient de l’étranger des matières premières ou des ar-ticles à demi fabriqués, pour leur donner une façon nou-velle. Tels sont les fabricants de tulles qui, s’ils avaientdes filés de cotons à des prix modérés, produiraient énor-mément pour l’exportation ou pour le marché intérieur ;les fabricants de toiles peintes et d'impressions auxquelsil ne manque, pour développer beaucoup leur fabrica-tion, que d’avoir des étoiles écrues à un prix raison-nable ; cette dernière catégorie de manufacturiers, aulieu de bénéficier du régime prohibitif, en est la victime.
Le système prohibitioniste érige certains manufactu-riers, et nommément ceux d’entre eux qui, faute d’in-telligence ou d’efforts, ne savent pas égaler leurs émulesétrangers, en une sorte d’aristocratie prélevant à per-pétuité sur le public une taxe destinée ù parer à leur inha-bileté, ou à leur inertie, ou à leur négligence. Et leur titreà imposer au public celle contribution consisterait pré-cisément dans cette négligence, cette inertie, celte in-capacité ! Curieux procédé pour encourager le talent etl’application ! Ce serait une sorte d’aristocratie à re-