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COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
se partager le marché national, comme un pays conquis ;ou bien qu’ils s’endorment de manière à ne s’approprierqu’à leurs heures les découvertes adoptées au dehors ;dans la filature du coton, par exemple, qu’ils n’aientadopté le métier renvideur que dix ans après que lesAnglais l’avaient mis en activité sur une grande échelle ;eh bien, peu importe : les manufacturiers sont investis, dedroit divin apparemment, d’un privilège imprescriptible,auquel, pour rien au monde, il ne doit être porté de dé-rogation. Tant pis pour le public, il est tenu de servirde clientèle à ces messieurs aux conditions qu’il leurplaît. Les manufacturiers retardataires ou coalisés neseront pas moins comblés de distinctions ; dans les so-lennités du genre des expositions, on les signalera à l’ad-miration du monde, aussi bien ceux qui exploitent laprohibition et s’en enrichissent que ceux qui se sont misau niveau de l’étranger et sont prêts à en supporter laconcurrence. Il sera de règle de passer sous silence,comme une chose malséante et que la pudeur empêchede nommer, l’impérieux devoir qui cependant les lie,de procurer à la société le bienfait du bon marché, aumême degré que les manufacturiers étrangers; on leslouera, au contraire, en termes pompeux du tribut qu’ilsempêchent, à ce qu’il paraît, la nation de payer à l’é-tranger, lors même qu’ils vendent leurs produits beau-coup plus cher : c’est une phrase qui est stéréotypée pourles discours de ce genre.
Une des conséquences naturelles du système, uneconclusion à laquelle il est impossible de se soustraire sisa doctrine est juste, est que chaque pays doit tout pro-duire pour lui-même, aussi bien en denrées agricolesqu’en autre chose, car on ne voit pas pourquoi onmettrait une différence entre l’agriculture et les manu-factures, pourquoi le cultivateur serait exclu d’une pré-