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Tome premier.
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LETTRES

serra profondément, et des larmes filiales coulèrent lelong de mes joues.

Je suivis des yeux le ministre laboureur tout le longdu sillon qu’il traçait paisiblement, et je me dis : Qu’ilest heureux, cet homme respectable ! Partageant ainsison temps entre les soins de sa paroisse et les travauxinnocents de l’agriculture, il donne lui-même l’exem-ple du travail qu’il prescrit : plus vénérable cent fois (à mes yeux que tant de ses confrères qui perdent leurtemps au jeu, à table, ou dans un honteux désœu-vrement.

Dès que je me fus reposé un moment à l’hôtellerie,j’entendis la cloche appeler à la prière du soir : j’ycourus avec le peuple. Le temple était antique et som-bre. Une foule de paysans revenus des champs, des pvieillards, des femmes, des enfants, venaient y sanc-tifier la fin de leur journée. J’étais au milieu d’eux,debout, selon la coutume du pays, quand je vis arriverle pasteur que j’avais vu, il y avait à peine une heure,labourer son champ. D’un air satisfait il salua amica-lement son peuple, et m’ayant remarqué il s’approchade moi avec honnêteté et me dit en italien : Soyez béni,seigneur étranger ! Cette salutation pastorale et simple,et le ton affectueux dont il la prononça, retentissentencore au fond de mon cœur. Il endossa un manteaunoir, monta en chaire, fit avec onction une courte , *

•mais belle prière, en langue du pays : les paysansl’écoutèrent avec l’attention la plus respectueuse et<cet air de recueillement et de piété que je n’ai remar-qué que dans les montagnes : tant il est vrai, et je

«