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Tome premier.
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LETTRES

remis entre les mains de la justice, qui, l’ayant con-vaincu de vol et de sortilège, se contenta, malgré sasévérité en pareil cas, de l’exiler pour la vie. Il passaen Italie, fut tour à tour manœuvre, soldat, colpor-teur : enfin, accablé de vieillesse et de misère, il estrevenu à Ghiavenna, où on le tolère par pitié. Je mesuis souvent entretenu avec lui ; je lui ai trouvé beau-coup de bon sens et de raison : un jour que je lui de-mandais comment il avait fait pour parvenir, malgrétous ses malheurs, à un âge aussi avancé, il me ré-pondit simplement : Je n’ai jamais fait d’excès pendantla nuit (non ho mai trapassato la note) : grande leçonen peu de mots.

Le territoire de Pleurs ne renferme que peu de préset de vergers, mais il produit beaucoup de châtaigneset une grande quantité d’excellent vin ; les pêches, lesfigues, les amandes, et même les oranges y viennentparfaitement. Le bois de chauffage y est extrêmementcher : les arbres les plus communs sont le saule, lebouleau et le châtaignier : il n’y a ni tourbe ni charbonde terre pour suppléer à cette disette qui augmentejournellement.

Les paysans n’ont point ici cet air de bien-être etd’opulence qu’on remarque chez les Grisons ; ils lo-gent dans des cabanes de mur cru, dont les fenêtres,s’il y en a, ne sont que de papier ; ils s’habillent d’unebure grossière, et se nourrissent de pain noir, de châ-taignes, de pommes de terre et de menestre; c’estainsi qu’on appelle une soupe de riz et de choux ; lemets de préférence, réservé pour les fêtes et diman-