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Tome premier.
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LETTRES

iU

Après quelques jours de pluie, sur les quatre heu-res du soir, un éboulement des terres supérieurescommence du côté du village Schilano à détruire lesvignes et à renverser des maisons ; d’autres éboule-ments moins considérables se succèdent jusqu’au milieude la nuit ; alors un pan immense du mont Gontos’ébranle , se détache , et entraînant dans sa chutedes forêts et des rochers, il tombe avec un fracashorrible sur le bourg de Pleurs, l’écrase en entier etensevelit ses malheureux habitants dans leurs propresmaisons, à l’exception de ceux que d’heureuses cir-constances retinrent hors du bourg cette nuit-là : per-sonne n’échappa ; et tant à Pleurs qu’à Schilano etaux environs, le nombre des infortunés qui furentengloutis passa deux mille-cinq cents.

Le bruit épouvantable de la montagne qui se dé-chirait et roulait dans la vallée, avait effrayé les ha-bitants des lieux voisins ; ils avaient passé cette nuitdans de mortelles inquiétudes ; mais quelle fut leurdouleur quand le soleil en se levant vint éclairer cettescène de désolation ! quand à la place de ce bourg flo-rissant et peuplé leur regard consterné ne découvrit

plus que rochers, bouleversement et solitude !.

Il n’était aucun d’eux qui n’eût à pleurer un parent,un ami, un voisin, et plus déchirant encore que lacertitude de leur mort, était le soupçon trop bien fondéque plusieurs de ces malheureux à demi écrasés lut-taient dans une lente agonie entre la douleur et le dé-sespoir, sans qu’il fût possible de les secourir. ■—■ Non,il n’est pas nécessaire d’étendre davantage ce funeste