SUR LES GRISONS.
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tableau ; le cœur de tout lecteur sensible suppléera,par un pénible serrement , à l’insuffisance de ma des-cription.
Le cours de la Maira avait été interrompu, les habi-tants de Ghiavenna voyant son lit à sec et n’en igno-rant pas la cause, craignirent que la rivière, aprèsavoir surmonté les obstacles qui retardaient l’écoule-ment de ses eaux, ne se débordât avec fureur; ce quiaurait infailliblement inondé, peut-être même renverséleur ville. Aussi, pleins d’un juste effroi, s’enfuirent-ils sur les montagnes voisines avec leurs femmes etleurs enfants. Des nuages d’une épaisse poussière quele vent portait de leur côté, augmentaient encoreleurs alarmes; heureusement que la rivière, s’étant faitlentement un passage à travers les terres éboulées,contourna une colline, revint paisiblement dans sonlit, reparut à Chiavenna et rendit le calme à ses habi-tants. — Lorsqu’ils furent rentrés dans leurs maisons,le premier soin de Fortuné Sprecher, commissaire deChiavenna (celui de Pleurs avait été englouti), futd’envoyer des ouvriers pour tâcher de sauver quel-ques-unes de ces tristes victimes, en les retirant desentrailles de la terre ; mais en plusieurs endroits l’é-boulement avait plus de soixante pieds de haut; lapointe du clocher de l’église cathédrale ne paraissaitmême plus ; leurs travaux auraient donc été inutiles,et leur unique consolation fut de répandre des larmesfraternelles sur le vaste tombeau de leurs concitoyens.•— Moi-même, après cent-cinquante ans, en retraçantà mon imagination émue cette horrible catastrophe,