Band 
Tome premier.
Seite
146
JPEG-Download
 

146

LETTRES

j’arrose involontairement des miennes le roc du hautduquel, contemplant ce vallon désolé, j’écris l’his-toire tragique de son bouleversement.

Les habitants du village voisin d’Uscion, qui fré-quentaient le mont Conto, s’étaient déjà aperçus de-puis dix ans qu’il se crevassait et s’ébranlait; les va-ches mêmes qu’ils y menaient paître, n’y restaientqu’avec peine ou s’enfuyaient en mugissant dans d’au-tres pâturages; mais ne serait-ce point des observa-tions postérieures à l’événement? — Une remarquesingulière, faite les premiers jours après ce désastre,mérite d’être rapportée; des témoins oculaires l’affir-mèrent par serment à M. Sprecher, ainsi qu’il l’écrivitdans un narré de tout ce qui s’était passé, envoyé à sacommune. Us déposèrent que les abeilles des environssortaient en foule de leurs ruches; qu’après avoirvoltigé quelques moments, elles tombaient, et qu’enplusieurs endroits la terre en était jonchée. Si le faitest vrai, comme on a tout lieu de le croire, on pour-rait attribuer la mort de ces insectes très-délicatsaux vapeurs méphitiques dont l’air s’était sans douteimprégné après la chute de la montagne.

Ces sortes d’éboulements sont fort communs dansce district; presque toutes les années, dans les tempsdes pluies, on voit tomber, vis-à-vis des ruines dePleurs, un fleuve d’argile qui couvre les vignes etrenverse les maisons ; tout le Conto s’écroule insensi-blement et finira par combler la vallée. La cause deces fréquents éboulements est dans la nature même decette montagne ; elle est composée d’une terre argi-