SUR LES GRISONS.
147
leuse, sèche, friable, incohérente, disposée en cou-ches perpendiculaires et parallèles, entremêlées derocs. Dans la saison des pluies, l’eau, en filtrant,sépare ces couches, qui, se trouvant isolées sur unplan incliné, sont mises en mouvement par la pluslégère cause, par leur poids seul, et s’écroulent suc-cessivement... Ces collines détachées, ces rocs isolésqu’on voit en si grand nombre de Pleurs à Chiavennaet jusqu’au lac de Côme, ont tous été arrachés desmontagnes voisines et entraînés dans la plaine par lamême cause. Dans le mont qui domine le village deProsto , on voit une crevasse profonde qui s’agranditchaque année et menace cet endroit de la même ca-tastrophe qu’a essuyée le bourg de Pleurs. Les habi-tants le savent ; mais trop attachés à leurs foyers, oune voyant ce malheur que dans un grand éloignement,ils ne songent point à se transporter ailleurs ; cetteimprudente sécurité sera fatale à leurs descendants.Il serait cependant possible que l’éboulement prît unedirection qui sauverait ce village.
Cette terre qui tombe des montagnes dans la valléen’est point stérile ; à peine a-t-elle recouvert l’ancienterrain, qu’on y aperçoit des traces de végétation ;bientôt elle devient propre à la culture, et produitabondamment ; aussi dans la plaine où exista Pleurs,malgré les rochers épars et les inégalités du sol,a-t-on planté des vignes qui donnent en abondance unvin très-estimé. A l’extrémité de ce vignoble, on voitles restes d’un château qui appartenait à l’illustre fa-mille Vertimati ; ce fut le seul bâtiment épargné dans