SUR LES GRISONS. 153
feux allumés au sommet des deux tours correspon-dantes.
Sur le déclin du jour j’ai plus d’une fois gravi cettecolline, et je me suis assis au milieu des ruines majes-tueuses qui la couronnent ; à droite et à gauche, sé-parées par cet antique rempart, les deux vallées s’é-tendaient sous mes pieds et offraient à mes regards leplus sauvage, mais le plus intéressant aspect. Le cadredes Alpes qui entourent ce paysage, les hameaux dis-persés sur leur double déclivité, les sombres bois desapins qui rembrunissent la scène, la trace lointainedes torrents et de la Maira qui les reçoit, voilà lesprincipaux traits de ce tableau... Mes yeux s’y pro-menaient avec ravissement; mon âme, portée sur l’ailede la réflexion, semblait errer sur tous ces grandsobjets, et au milieu du calme de ces lieux et du profondrepos dont jouissent leurs habitants, le souvenir desévénements passés et de toutes les crises sanglantesqui ont amené la liberté qui les rend heureux, exal-tait ma pensée et charmait mes rêveries solitaires. Lanuit me surprenait dans ce doux oubli de moi-même,et m’arrachant, malgré moi, à ce recueillement sacré,l’hymne du soir s’échappait de ma bouche, et je ren-trais dans ma simple habitation en méditant un chantde louange et de reconnaisssance.
La Bregaglia, dans sa plus grande longueur, depuisCastasegna jusqu’à la Maloya, n’a que quatre lieuesd’étendue, et les montagnes sont tellement rapprochéesqu’en divers endroits elle n’a pas dix minutes de lar-geur. Le nombre des habitants peut aller à trois mille.