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Tome premier.
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LETTRES

geux. II engraisse un grand nombre de bêtes à cornesqui se vendent chaque automne aux foires d’Italie. Cerevenu n’est exposé qu’à un petit nombre de casualités ,et ses troupeaux le nourrissent lui et sa famille ; durantl’hiver il fabrique lui-même les meubles qui lui sont,nécessaires. Sa femme file la laine et en fait un drapgrossier, mais de bon usage, dont il s’habille : iln’achète que le blé, le vin, le fer et le sel : la seulevente des bêtes grasses lui fournit ces articles, et, pourpeu qu’il soit économe, sa fortune s’augmente chaquejour.

2° La manière dont les terres sont possédées estune seconde cause de la misère des uns et de la ri-chesse des autres. A Pleurs, à Chiavenna, dans toutela Valteline, le paysan ne possède presque aucun fondsde terre en propre ; on peut le regarder comme serf deglèbe. Les grands propriétaires (ce sont ordinairementdes gentilshommes grisons), lui abandonnent un terrainà condition qu’il payera à perpétuité une cense an-nuelle en blé, en vin et en argent. Elle est souventexcessive et surpasse la moitié du produit : le paysanpeut dès lors vendre ce fonds, l’échanger, le partager ;le propriétaire ne s’en embarrasse plus. Que des inon-dations , des éboulements de roc ou de terre aientrendu le fonds incapable de culture, le fermier n’estpoint déchargé pour cela de la cense annuelle.

Si un père serf partage en mourant un tel fondsentre ses fds, ceux-ci sont naturellement cautions so-lidaires les uns pour les autres : leurs enfants le sontde même à perpétuité; et quand l’un d’eux ne peut