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Tome premier.
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LETTRES

paysans. Pour cela ils ne doivent point se mêler desaffaires du gouvernement, ne pas trop déclamer con-tre l’ivrognerie, mais prêcher souvent contre le vol,et dans quelques vallées fort isolées et fort supersti-tieuses contre les sorciers. Si à cela ils joignent quel-ques connaissances de médecine, alors ils sont chériset respectés. Il n’y a point de bonne fête, point de re-pas de noces ou de baptême où ils ne soient invitéset même obligés d’aller. Là ils tiennent le haut bout,et après eux le joueur de violon du village, espèce debouffon et de troubadour d’un genre fort singulier, quia conservé plusieurs usages antiques dont je parleraiailleurs plus au long.

Les pasteurs de chaque Ligue ont une assembléeannuelle qu’on appelle synode ; ils se rendent au lieudestiné à les recevoir, presque tous à pied, un bâton àla main et une petite valise sur le dos ; la communeoù ils ont fixé le rendez-vous à la pluralité des voix,est dans l’usage de faire un présent au synode, maisc’est une honnêteté volontaire à laquelle rien ne laforce ; et comme ce serait pour plusieurs communesun fardeau très-pénible, c’est ordinairement chez lesplus riches que se fait cette assemblée du clergé. Toutcela ressemble en bien des points aux pasteurs et auxcoutumes des premiers siècles de l’Eglise, et doit pa-raître très-misérable à nos chanoines bien rentés et ànos bénéficiers opulents.