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Tome premier.
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LETTRES

Je me suis entretenu avec plusieurs de ces députés ;j’ai trouvé chez la plupart un grand fond de droiture,une abondance de lumière naturelle qui ne leur per-met guère de s’égarer, et une force de judiciaire etde discernement que tous les détours de la politiquedu jour ne mettraient pas aisément en défaut. J’aibeaucoup appris dans leur conversation : ils m’ontéclairci plusieurs points de leur constitution et de leurhistoire ; ils m’ont fait connaître diverses coutumestrès-intéressantes : deux entre autres me semblentcaractéristiques pour les mœurs de ces vallées loin-taines. Dans l’Engadine, quand un homme suspectde quelque crime et détenu en prison pour cela par-vient à se justifier, le jour qu’il est remis en liberté,après que les juges ont publiquement reconnu qu’il àété accusé à tort, une fille jeune et belle vient luioffrir une rose; on l’appelle la rose de l’innocence. C’estl’ordre le plus honorable dont on puisse le décorer,bien supérieur à mes yeux à celui du mérite si sou-vent démenti par ceux qui le portent. Cet usage trèsancien, qui attribue au beau sexe encore dans soninnocence le droit de constater celle du nôtre, quifait d’une fleur bientôt fanée le signe de la réparationd'honneur, qui rapproche par des rapports si tou-chants les trois idées, de beauté, d’innocence et defragilité ; cet usage, dis-je, ouvre un vaste champ àceux qui aiment et comprennent ce langage symboli-que, né dans le berceau des sociétés, conservé avecreligion par les peuples non policés, et trop souventprofané par ceux qui le sont.