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Tome premier.
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I.ETTRES

ce pays-là, ce qui embellit singulièrement les paysa-ges et nourrit mes promenades de réflexions, de sou-venirs et d’images. Rien de plus charmant dans lesbelles nuits que de voir la lune argenter ces masu-res ; rien de plus fantastique dans le temps des brouil-lards que de voir ces débris sortir du sein des va-peurs qui les voilent, présenter leurs masses sousmille formes diverses, et paraître quelquefois suspen-dus au milieu des airs comme par enchantement. Onne croirait pas qu’il y a dans la Ligue Grise cinquante-neuf de ces châteaux ruinés, quarante-quatre dansla Ligue de la Maison-Dieu, et dans celle des DixJuridictions dix-neuf; en tout 122 9 ; sans en compterau moins une trentaine dans la Yalteline et le comtéde Chiavenna. Qu’on juge par ce tableau de l’état deshabitants de ces contrées, quand chacun de ces châ-teaux renfermait un seigneur ou un brigand, et qu’onne s’étonne pas des révolutions sanglantes qui ontrenversé tous ces trônes du despotisme féodal. Sur lesoir, traversant il y a quelques mois la vallée deMisox, j’aperçus de vastes débris couronnés d’unetour très-haute et bien conservée; ils dominaientle village et l’auberge où je devais loger. Moi qui,semblable au pèlerin qui visite tous les saints et toutesles reliques, cours à tous les vieux châteaux avec uneespèce de dévotion, je n’avais garde de laisser celui-là. Je voulais, comme sur les débris de tant d’autres,m’y asseoir et y méditer, mais d’une tout autremanière que Marius sur les ruines de Carthage. Il memanquait un guide, et j’eus bien de la peine à en