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Tome premier.
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LETTRES

ments de quelque épouse innocente que la jalousieretenait enfermée dans un angle étroit de ce donjon,ou les soupirs de quelque jeune fille enlevée à la mai-son et aux espérances paternelles. Enfin absorbé demélancolie et presque coulé à fond dans une mer detristesse, je me levai avec peine, comme du milieu destrépassés ; je sortis à regret de ce sanctuaire, consacrépar la mort et la destruction ; je rejoignis mon guidesurpris de ce long séjour dans l’intérieur du château,et je ne répondis rien à ses questions superstitieusessur les revenants, le bouc et le trésor. Certainement ildut me croire fou ou occupé de quelque grande visionque je venais d’avoir. Oui! ce pays est si singulier, lanature si hors de proportion avec nos conceptions or-dinaires, ses formes et ses accidents si propres à im-primer de profondes traces dans toute âme sensible, lamanière d’y vivre si étrangère à la nôtre et si antiqueen tout point, que si je restais ici un an, abandonné àmoi-même, sans occupation décidée, et maître de melivrer à la sombre bizarrerie de mes pensées et à tousles fantômes de mon enthousiasme, je ne vaudraisplus rien que pour habiter un hermitage de la Thé-baïde ou les Petites-maisons.

A mon retour, je soupai avec le premier magistratde la vallée, aubergiste et grand parleur selon la cou-tume du pays. Il y a tout à la fois un désavantage etun plaisir à loger chez de telles gens ; un désavantage,parce qu’ils vous font payer très-chèrement l’honneurqu’ils croient vous faire ; un plaisir, parce qu’on peutavec quelque discernement en apprendre bien des