Band 
Tome premier.
Seite
206
JPEG-Download
 

206

LETTRE SUR l'N VOYAGE

la première (le ces étymologies, Grotte-aux-Fées se-rait donc l’équivalent de grotte des bornes, et de grottedu bétail par la seconde.

S’il s’agissait de multiplier savamment les peut-êtreen guise de solution , je dirais aussi que le mot féedérive peut-être de notre mot patois fei, qui signifiefoi, fidélité , et que dans les siècles d’ignorance, lasuperstition avait consacré ce souterrain comme unsanctuaire révéré, dans lequel deux amis ou deuxamants venaient se jurer avec solennité un éternelattachement ; ou que peut-être aussi, dans des tempsencore antérieurs, quelques druides gaulois ou hel-vétiens célébraient dans cet antre isolé leurs sinistresmystères, et par un serment terrible engageaient lesinitiés <\ un secret inviolable sur leurs cérémonies ouleur doctrine : dans l’une ou l’autre de ces hypothèses,ce serait la grotte de la foi ou de la fidélité.

Pour moi, qui crois voir clairement par notre pa-tois que les Suisses occidentaux avaient la mêmemythologie que les Bourguignons leurs voisins, j’aimeautant dire, avec les paysans de Vallorbes, que leurscrédules devanciers avaient regardé cette grotte commel’ouvrage ou même la demeure des fées, et lui avaient,pour cela, donné le nom de ces divinités équivoques,en possession depuis bien des siècles de jouer un grandrôle dans l’esprit des vieilles femmes et des enfantsdes provinces limitrophes. La tradition même prétendqu’après l’établissement des forges dans le vallonque domine cette grotte, les fées venaient quelquefoiss’y chauffer, et que la curiosité indiscrète d’un ou-