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LETTRE SI’R IN VOYAGE
mais à une grande profondeur , l’Orbe renaissantes’échappe en bouillonnant du sein d’un roc tapissé dela plus belle mousse , puis, s’abandonnant à sa pentetortueuse, elle se promène en ondoyant à travers defertiles prairies, dont elle dessine les compartimentsvariés jusqu’au grand village de Yallorbes , qui, parson double groupe de maisons couronnées du templeet du clocher, coupe pittoresquement ce riche paysage;plus loin le regard démêle à peine la trace fugitive del’Orbe plus rapide ; le vallon se rembrunit et setermine par de hautes collines qui interceptent lavue du lac d’Yverdon. Rien de plus riant pendant lejour que l’aspecl de cette vallée, dont M. Coxe feraitmieux dans son voyage de relever les beautés que devanter le vallon de Roinaimnôtier qui n’existe quedans son imagination ; et rien de plus majestueux quece même aspect pendant la nuit, lorsque des torrentsd’étincelles s’élevant des cheminées de ses nombreu-ses forges, semblent autant de colonnes de feu , au-tant de météores consumants qui s’élancent des sou-piraux de l’enfer.
Avant de rentrer au village, on voit avec plaisirune ferme isolée , presque entourée avec ses dépen-dances par les plis de la rivière : là , deux frères déjàseptuagénaires, possesseurs de ce domaine, nous in-vitèrent et nous reçurent avec une hospitalité vrai-ment helvétique : j’admirai leur aimable simplicité,leur accord touchant et la douce sérénité qui reposaitsur leur front décoré de la couronne du juste, de cescheveux blancs devant lesquels on s’incline avec res-