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Tome premier.
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LETTRE SUR UN VOYAGE

y a de plus singulier dans cette anecdote , c’est quecette fille n’avait aucun membre cassé, que ce n’étaitpas la saison où les pâturages voisins étaient fréquen-tés, et que toute maison franc-comtoise est à une grandedistance du sommet des rocs au milieu desquels elle setrouva : fièvre chaude, crainte du couvent, désespoirde la publicité inévitable de cette faute dont l’amourest la cause et non l’excuse, abandon de la part d’unamant chéri, peut-être volonté préméditée de parentsdéshonorés, ou même d’un corrupteur satisfait changéen bourreau, on ne sait â quelle de ces causes attri-buer son incompréhensible aventure, ni comment ex-pliquer le bonheur de sa chute, qu’en disant que re-tardée par le volume de ses babils dans la vitesse desa descente, et tombée sur une touffe épaisse de buis-sons fortement entrelacés, elle avait été repoussée parleur élasticité dans l'enfoncement de ce roc inaccessi-ble, d’où il fut d’autant plus difficile de la faire sortirque , loin de concourir à la réussite des soins de ses li-bérateurs, elle les contraria très-longtemps.

Au fond de la môme vallée, près de l’endroit oùl’Orbe fait une très-belle cascade, demeure un vieuxpaysan géomètre et astronome, qui, aidé de bons li-vres ou de maîtres éclairés, eut été un autre Duval,puisque avec quelques vieux traités de mathématiqueset de mauvaises cartes célestes, il est parvenu à ac-quérir par lui-même des connaissances plus qu’ordi-naires. Quoique son goût pour les sciences ne lui aitfait négliger ni les travaux, ni l’économie de son état,ses enfants en ont cependant honte pour lui, et font