DES TEMPS PASSÉS.
“ 26 S
rial perpétuel de ceste bonne rencontre, uoulust quece sien fils eust à nom Iehan, et qu’on mandat au chas-te! Iehan l'Escloppé pour y estre nourry et uesteu lereste de ses jours, sans plus mendier son pain par lepays, comme auoit accoutumance de faire.
Or soudain que l’enfant fust ueneu à bien, la uiefilenourrice eut souuenance de ce qu’auoit dit neuf moisauant touchant le pain et le fromage à sa tres-honoreemaistresse : « Ne le mangeray qu’au jour qu’aurez unbeau fils selon le désir de uostre cueur...» et allaquérir les morcels qu’auoit tant soigneusement serrez,et bien que durs et moisis fussent deueneus, ce néant-moins les mangea, mais à grand peine, car plus gueresde dents n’auoit dans la bouche. S’etant miseàgenouiljouxte le lict de l’accouchee, luy dit : « Tant chiere ethonorée maistresse, bien uous l’auois-ie dict quegrand heur uous porterait de receuoir l’aumosne,uous qui tant aymez à la faire : Dieu et nostre damebénissent l’enfant et gardent pere et mere. »
Soudain par messagers furent mandez les quatrecheualiers qu’auoyent dit: Dieu uous donne ce queuostre cueur desire, pour estre parrains du beau fils :et lui fust donné le sainct baptesme par le uieil chape-lain Ioseph du Russel, qui d’aise ne pouuoit se tenir ;et en la grande salle du ehastel fut dressé un grandbanquest pour tous les notables et preud’hommes dupays de monseigneur de Gruyères, et tous les pauuresfurent largement aumosnés : si que par tout estoitgrande lyesse et merueilleuse iubilation. Et Iehanl’Escloppé fut promené par le festin, et grandement