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POÉSIES.
Puis, serrant de ses bras tremblantsLe jeune guerrier et sa fille,
11 dit : J’embrasse mes enfants,
Et voilà ma famille.
Le bon vieillard, hâtant son pas,Droit au temple tous deux les mène ;Albouin d’aise ne se sent pas ;
Emma semble marcher sans peine.Lors le peuple répète en choeur:
Au sage Conrard longue vie ,
Aux deux époux joie et bonheur,
Et gloire à la patrie !
Notice sur la romance précédente.
L’an 1298, le duc Albert d’Autriche , quelques mois avantde devenir empereur, vint assiéger Zurich, qui tenait le partide son rival Adolphe de Nassau : cette ville avait perdu dansdivers combats une partie de ses défenseurs, et serait infailli-blement tombée entre les mains d’Albert, sans une ruse donton s’avisa : on ordonna à toutes les femmes de s’armer, et onles conduisit en belle ordonnance dans un lieu élevé de la villed’où le camp ennemi pouvait les voir : alors le duc, persuadéqu’il était entré un puissant secours dans la place et ne se sen-tant pas assez fort pour continuer le siège , prit le parti de dé-camper en toute diligence. Cette anecdote bien helvétique adonné l'idée d’une romance, qu’on s’est permis d’encadrerdans une intrigue, pour couper la monotonie d’une sèche etstricte narration qui n’aurait eu rien de poétique.
Ce n’est pas le seul trait de nos annales qui fasse honneur ausexe le plus faible : plus d’une fois, pour acquérir ou défendrela liberté, il a secondé le plus fort. Femmes et filles de l’Helvétie,n’oubliez jamais qu’une de nos premières cités doit son salut àses citoyennes, et pensez quelquefois que vous avez une patrie.