POÉSIES.
30S
LEN TROIS AWIvlIA.
Bon jour, la belle Claire !
Est-il ici, Fernand ?
— Preux chevalier, est parti pour la guerre,Trois mois passés : reviendra ne sais quand.
— Fernand sera volage ;
Quelque autre il aimera.
— De son amour il m’a laissé pour gageCe nouveau-né qu’à son retour verra.
— Prenez-moi, belle Claire ,
Pour votre serviteur.
— Preux chevalier, Fernand seul doit me plaire :Il a ma main , mes serments et mon cœur.
— D'aimer on peut se taire :
Vers vous viendrai de nuit.
— J’ai deux témoins sans qui rien ne puis faire ,Dieu qui nous voit et mon cœur qui me suit.
— J’en mourrai, belle Claire,
Si me tenez rigueur.
— Preux chevalier, vaut mieux être sous terreQu’être dessus, le remords dans le cœur.
— Dites-moi donc , cruelle ,
D’amour puis-je guérir ?
— Je n’en sais rien ; de cela ne me mêle :
Mais il vaut mieux en guérir qu’en mourir.
— Belle Claire , une grâceVoudrais vous demander :
— Simon devoir ni mon pouvoir ne passe,Preux chevalier, je veux vous l’accorder.
— Prêtez-moi , vous supplie,
Vos trois anneaux dorés.
— Prêter ne peux ; jamais pendant ma vieDe mes trois doigts ils ne seront tirés.
— Je vous jure , la belle ,
Que les rendrais demain.
— Fernand m’a dit : Je te crois infidèleSi mes anneaux quittent jamais ta main.