Buch 
Réunion de tous les discours d'ouverture - leçons / par Michel Chevalier
Entstehung
Seite
35
JPEG-Download
 

35

DEUXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE.

ritables mineurs, de se diriger eux-mêmes et de pour-voir à leurs besoins autrement que sous l’aiguillon de lacontrainte. Mais parmi toutes les causes qui avaientamené et qui faisaient durer tant d’inégalité, l’une desplus profondes, celle qui tombe le plus aisément sousle sens, et sans contredit celle qu’il appartient le plus àl’économie politique de signaler, c’est que, dans l’anti-quité, l’industrie était extrêmement peu avancée. Letravail moyen d’un homme ne créait alors qu’un très-faible prodnit. Quand même au sein de chaque État oneût partagé la totalité de la production nationale d’aprèsles règles de l’égalité absolue, d’après le principe de laloi agraire, la portion dévolue à chacun fût demeuréeexcessivement modique. Elle eût été infiniment peu au-dessus de ce qui restait aux esclaves après que les pa-triciens avaient prélevé leur part relativement plusforte ; car le nombre des privilégiés étant faible encomparaison de la population totale, ce qui eût étéravi à ceux-ci eût grossi à peine le lot de chacun desmembres de la majorité qui était asservie. Ainsi, leseût-on traités exactement comme leurs maîtres dans larépartition des produits, les esclaves, c’est-à-dire encoreune fois la grande majorité de la population, eussentencore été sous la loi de la misère la plus impitoyable.Dans cette condition la liberté de l’esprit et de Pâme eûtété hors de leur portée ; donc la liberté civile et politiquene pouvait pas exister pour eux.

Plus tard, le Christ vint pour relever les humbles etabaisser les superbes. Sur les ruines du monde antique,la foi chrétienne présida à l’établissement de nouvellescombinaisons sociales plus favorables au faible, et à lacréation de nouveaux empires où l’inférieur fut soumis àdes conditions moins dures. Cependant, tout en pro-clamant que les hommes étaient égaux devant Dieu, le