134
COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
C’est de ce point de vue conciliateur qu’il faut exami-ner les idées dont Malthus est parti, de même cellesde l’école novatrice qu’il affronta, et la doctrine spécialede ce maître éminent sur la population, ainsi que lessystèmes d’après lesquel l’opinion de Malthus est, denos jours encore, qualifiée de barbare.
Dans les affaires générales du genre humain et desempires, la vérité a le plus souvent deux aspects, commela terre a deux pôles, et ces deux aspects ne sont pas plusincompatibles que l’existence du pôle nord de notre pla-nète n’est inconciliable avec celle du pôle austral. C’estque partout où des hommes sont organisés, deux forcesse manifestent, primitives et spontanées l’une et l’autre,qui sont appelées à agir et réagir toutes deux. Au nomde chacune d’elles on peut et on doit invoquer, en vertude la liberté humaine , la notion du droit tout commecelle du devoir. D’un côté, ce sont les gouvernements,de l’autre les peuples ; ou bien, à droite, la société dans samasse collective, à gauche l’individu qui revendique lafaculté de se tracer une orbite et de la parcourir, en yrecueillant, après qu’il aura semé, le bien-être et l’es-time. On a pu croire longtemps que la présence face àface de forces aussi diverses entraînait forcément unduel. Ce n’est pourtant qu’une dualité à laquelle iln’est point impossible de faire présider un accord cons-tant. Les principes sur lesquels on est fondé à s’appuyerde part et d’autre sont également nécessaires, égalementrespectables, également justes, également vrais, pourvuqu’on ne les développe pas au point de les rendre exclu-sifs et absolus, et, par conséquent, vexatoires et tyran-niques.
Ainsi, lorsqu’on proclame qu’un gouvernement inepteou pervers peut ruiner une nation, en anéantir les res-sources matérielles, en déprimer l’intelligence et en abâ-