138 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
dénuées, s’est étendu à la plupart des États de l’Europe ;déjà même il a franchi les mers et il envahit les États-Unis avec la rapidité qui caractérise tous les modes d’ex-pansion de la race anglo-américaine.
J’ai dit: Non moins d’urgence. Ce n’est pas que lesclasses ouvrières aient pris une attitude menaçante; onles voit partout, et dans les pays libres plus qu’ailleurs,rester soumises à la loi, et montrer de l’éloignementpour la sédition. L’expérience, cette maîtresse d’écoledont les leçons coûtent cher, leur a appris, comme àtous, qu’il ne faut rien attendre de la violence. Leursdispositions, désormais paisibles, leur créent ainsi untitre de plus à la sympathie active des hommes éclairéset généreux. Mais, dans ces temps de calme, dont lapaix semble nous promettre une longue continuation,une noble rivalité s’est établie entre les peuples les plusavancés, afin de se guérir de la lèpre de la misère, qui seprésente le plus souvent accompagnée de la dégradationmorale. C’est un triste aveu que la civilisation est forcéede faire, que, dans nos Etats libres qui se glorifient tantde leur progrès, il y ait une classe d’hommes dont lacondition est voisine de l’abjection, et que cette classeparaisse devoir se propager au delà de tout ce qu’on avaitvu dans la plupart des sociétés passées. Les nations civili-sées, émues de l’affligeant spectacle qu’elles offraientainsi, ont donc pris la ferme résolution de remédier aumal, autant qu’il dépendrait d’elles. Elles s’en font unpoint d’honneur; un sentiment d’humanité les y pousse,et l’esprit de la civilisation moderne leur commande dene rien épargner pour y réussir. Elles voient que c’estnécessaire à leur sécurité même; elles comprennent lesenseignements de l’histoire, qui leur dit que lorsquedans un grand Etat on laisse se former une multitude, ondoit s’attendre à être perpétuellement ballotté entre l’a-