162 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
et temporaire. Une aumône obligatoire et perpétuelleserait la’taxe des pauvres ; ce n’est point par là que l’An-gleterre se recommande à notre imitation, et l’Angle-terre elle-même s’en est lassée. Qu’on fasse durer unecharité de ce genre cinq ou dix ans, afin que les inté-ressés aient le temps de se livrer à des efforts utiles et dese retourner, ce sont de ces dispositions transitoiresauxquelles les hommes modérés applaudissent, que lepublic approuve, quoique ce soit lui qui paye. Ainsi,Messieurs, ce qu’on nomme la protection pourrait se jus-tifier , dans une certaine mesure de quotité et de durée,s’il était bien entendu que c’est un secours provisoiresollicité et obtenu de la bienfaisance du public. Le pu-blic , alors, en ouvrant les cordons de sa bourse, dit àceux qu’il assiste : « Vous vous étiez engagés à égaler vosrivaux de l’étranger, vous n’avez pas tenu votre pro-messe; je vous donne quelques années de plus, en vousavertissant que je n’irai point au delà. « Les protégés, telsque je les imagine, reçoivent le subside avec reconnais-sance et soumission. Chacun est à sa place, et tout estdans l’ordre. Mais si, au contraire, le subside était impé-rieusement exigé comme une chose due; si, non con-tent de droits protecteurs modérés, passagers et décrois-sants , on les voulait excessifs et à perpétuité ; si, noncontent même de droits exorbitants, on voulait éterniserla prohibition absolue avec son cortège de vexations etd’outrages à la morale publique, les rôles seraient in-tervertis, et l’on courrait le risque de soulever des tem-pêtes.
Vous vous souvenez, Messieurs, de la rencontre que »fit Gil Blas quand il s’éloignait de sa ville natale d’Oviedopour commencer son orageuse vie. C’était sa premièrejournée. Il était sur la mule de son oncle le chanoine, etrecomptait ses quarante ducats, lorsqu’il rencontra un