J86 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE. -
un fourneau, l’on puisse les transmuter en or ; maiscomme si, souvent, ce que nous appelons le progrès nedevait être qu’un mouvement de rotation dans un cercled’erreurs, en délaissant la croyance à la pierre philoso-phale des chercheurs d’or du moyen âge, en abjurant lafoi en la panacée que composaient les alchimistes pour laguérison de tous les maux auxquels notre corps est su-jet, on s’est mis à croire à d’autres spécifiques non moinssurnaturels. C’est ainsi qu’on s’était persuadé, dans lesiècle passé, qu’il n’y avait qu’à adopter certaines for-mes de gouvernement, inspirées par ce qu’on croyait êtrela raison pure, pour rendre les hommes heureux.
Par l’influence de l’esprit français, cette opinion do-mina en Europe, à la fin du dix-huitième siècle, parmiles hommes dont la pensée était tournée vers la politiqueet vers l’amélioration du sort de leurs semblables. Elledemeura très-puissante pendant le premier quart dudix-neuvième. Alors cependant quelques esprits d’élitecommencèrent à penser et à enseigner que le plus pressén’était pas de bouleverser les gouvernements, qu’il nefallait point voir dans ceux-ci la principale cause desmaux dont souffraient les hommes. Les nations, disaient-ils, sont la matière dont les gouvernements sont faits:c’est de leur sein qu’ils sortent, dans leurs entraillesqu’ils se renouvellent. Si donc il y a des vices dans ungouvernement, il est à croire que c’est le reflet mêmede vices nationaux. Cette idée qui, sans méconnaître lasupériorité générale de certaines formes de gouverne-ment sur certaines autres, subordonnait pourtant leschangements politiques aux progrès réels de la moralitépublique et des lumières, était trop juste pour ne pasfaire peu à peu son chemin. Mais (1) voyez l’infirmité de
(1) Ici je tiens à nommer l’homme qui le premier, à ma connaissance,