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DIXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE.
Avant l’organisation de la société chrétienne, le prin-cipe de l’égalité avait reçu, même en dehors du peuplehébreu, dans la civilisation de l’Asie lointaine, des appli-cations moins apparentes, mais réelles, qui prouvent avecquelle force il ressort de la conscience du genre humain.Sous le régime même des castes, on peut dire que l’égalité,dans le sein de chaque caste, était une préparation à l’éga-lité générale qui devait exister, après que les muraillesà pic, qui séparaient les castes, auraient été renversées.
Les esprits supérieurs, qui constituèrent l’économiepolitique à l’état de science positive, adoptèrent pleine-ment les idées de liberté et d’égalité ; ils les prirent pourpoint de départ, de même que les philosophes qui em-brassaient dans leur entreprise la révision de toutes lesinstitutions de la société. La liberté du travail, loi essen-tielle de l’économie politique, n’est qu’une figure duprincipe général de la liberté. Pareillement, lorsquel’économie politique réprouve tout ce qui, de près ou deloin, ressemble à un monopole industriel, tout ce quitend à obliger une partie de la société à rétribuer lesservices d’une autre partie plus qu’ils ne valent, ou àrendre des services sans retour, ou, plus généralement,lorsqu’elle indique les bases naturelles de l’équilibre desintérêts divers, elle procède du principe, désormais re-connu et consacré, de l’égalité devant la loi.
Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous encore un in-stant sur ce dernier principe, afin de le saisir dans touteson étendue et d’en voir toute la portée. A la dénomi-nation de l’égalité, je substituerai celle-ci : la justice.L’égalité devant la loi est le simple énoncé du principe dejustice, tel qu’il est entendu de la civilisation moderne.C’est donc sur la justice que l’économie politique chercheà asseoir,autant qu’il lui appartient, les rapports d’hommeà homme, de classe à classe, de nation à nation.