DIXIÈME DISCOURS D'OUVERTURE. 209
Dieu, par-devant la société, par-devant sa propre con-science, il faut bien qu’il s’en occupe. Ce moi éprouvemille besoins divers : ceux-ci de l’ordre moral, ceux-làde l’ordre intellectuel, d’autres de l’ordre physique, tousbesoins qui renaissent sans cesse ; car l’activité du moine nous laisse pas de repos. 11 faut que l’homme qui res-sent ces besoins, et qui en a la mesure d’autant plus justequ’il est plus digne de la liberté, consacre sa vie à lessatisfaire. Par cette raison et par bien d’autres, le mo-raliste signale l’intérêt personnel comme un mobileobligé, comme un mobile parfaitement légitime, pourvuqu’il ne franchisse pas certaines limites que la moraleest chargée de tracer. Ainsi, Messieurs, disons-le très-haut, quand ici, en cette chaire, sur les pas des maîtresde l’économie politique, nous ferons intervenir l’intérêtpersonnel dans nos raisonnements et nos exposés sur laformation et la répartition de la richesse, lorsque nous dé-fendrons le principe de la concurrence, nous ne ferons querépéter les enseignements de la morale. Nous n’aurons,quant à la légitimité du principe de l’intérêt personnel etpar conséquent de la concurrence, rien à démontrernous-mêmes ; nous prendrons pour établie une vérité del’ordre moral dont la philosophie et la religion, ces deuxaugustes sœurs, desquelles un illustre prélat parlait siéloquemment, il y a peu de jours, assument toutes lesdeux la démonstration comme une tâche qui leur estpropre et dont elles ne sont pas embarrassées.
Il y a quelque temps, après la révolution de Février,cette question de l’intérêt personnel fut posée de nou-veau ; elle le fut, comme tout ce qui s’agitait alors, avecle mélange de passions et l’accompagnement d’exagéra-tions qui caractérisent les temps révolutionnaires. Unsystème contraire s’était produit avec éclat, il sem-blait promulgué du sommet du Sinaï du gouvernementi. 14