DIXIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 211
pect, à cette occasion, combien l’accord est intime entrela morale et l’économie politique. La morale nous re-présente l’homme soumis à une triple responsabilité etastreint à de triples devoirs. Il a des devoirs envers lui-même. Il a aussi des devoirs envers la société, dontil est un des membres, et.qui l’étreint par la famille, parla circonscription locale, commune ou département, dàiislaquelle il est 1 engagé, par. mille liens naturels ou con-ventionnels et librement acceptés de lui, et puis par lagrande et chère association qui constitue la patrie, l’État;je pourrais nommer encore l’association plus vastequi constitue la civilisation tout entière. Enfin il a desdevoirs envers Dieu, qui est la bonté infinie, la justiceinfinie, la puissance infinie dans le temps et dans l’es-pace, et qui, par rapport à l’homme, représenté toutce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera.
Il n’est pas permis d’isoler l’un de ces trois groupésde devoirs des deux autres, sous peine de tomber dansl’absurde, dans l’impossible, dans l’odieux. Voilà ce quedit la morale, et, comme conclusion pratique, elle ajoute :C’est pour cela qu’il existe pour l’individu trois mobilesdistincts, sous la triple impulsion desquels il doit tou-jours se tenir : l’intérêt personnel, l’intérêt de l’État oude la société, les décrets de la justice et de la bonté éter-nelles. C’est pour cela qu’aux instincts delà personnalitése joignent l’action des lois et des mœurs publiques, etl’influence de la religion. C’est pour cela enfin que nousdevons sans cesse nous considérer comme des justicia-bles, sujets à comparaître devant trois juridictions : cellede notre conscience, celle des lois et de l’opinion, celledont le tribunal est au ciel.
A mesure que s’accomplit le progrès véritable du genrehumain, l’individu devient de plus en plus digne de laliberté. Le cri. spontané de sa conscience l’avertit d’une