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Réunion de tous les discours d'ouverture - leçons / par Michel Chevalier
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ONZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE.

rait strictement le bien-être; elle autorise des satisfac-tions et des plaisirs que le stoïcien eût regardés commedu luxe.

J’insiste sur la démonstration de la légitimité du bien-être au point de vue de la morale religieuse, parce quede toutes les manières de l’asseoir, c’est la plus solide.On objectera qu’à l’époque où le christianisme se ré-pandit, alors que la foi était dans toute sa ferveur, c’étaitune pratique recommandée par les chefs de l’Église, etsuivie par beaucoup de personnes, de distribuer ses biensaux pauvres ; que de tout temps l’Église a prêché le re-noncement. Ne croyez pourtant pas que ces faits soientla contradiction de ce que j’ai avancé, que la doctrinechrétienne légitime le bien-être. Pour bien juger de cequi se fit lors de la prédication de l’Évangile aux sociétéspaïennes, il faut se reporter à ce temps-là. Les principesde la religion, précisément parce qu’ils répondent à tousles besoins des sociétés, se modèlent, dans leurs applica-tions diverses, sur les circonstances des temps. Le chris-tianisme s’annonçait à une société prodigieusement sen-suelle ; il eut donc à réagir contre les mœurs sensualistesdu siècle qu’il avait à réformer, et la réaction fut cequ’elle dut être, extrêmement énergique. Beaucoup depersonnes alors se précipitèrent ainsi dans les privationsde la vie la plus ascétique. Mais remarquez qu’on nedisait pas aux riches : Détruisez vos richesses, renversezou brûlez vos palais, jetez vos trésors dans la mer ; c’estce qu’auraient pu dire des stoïciens dédaigneux du bien-être et drapés solitairement dans leur manteau, sans soucipour le prochain. Le langage du prêtre chrétien étaittout autre : Distribuez votre bien aux pauvres, donnez àmanger à ceux qui ont faim, à boire à ceux qui ont soif;efforcez-vous de faire goûter un peu de bien-être à ceuxqui en sont privés ; car ce sont vos frères qui souffrent.