ONZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 237
n’est donné à l’homme de se sentir bien que dans unmilieu où les besoins mêmes de l’âme rencontrent unecertaine satisfaction, tout aussi bien que les besoins ducorps. Et puis, s’il est vrai qu’une existence sur le mo-dèle de ce que présentait jadis au monde, à ce qu’on dit,la molle population des Sybarites soit inconciliable etavec la puissance des États et avec le bonheur des indi-vidus, il est également vrai que désormais vous ne feriezpas une grande nation non plus qu’une nation heureuseavec des populations qui manqueraient des éléments dubien-être matériel. Il n’y a de grand empire désormaisque là où il existe de la richesse.
La culture des lettres, des sciences et des arts, toutce qui constitue la civilisation est incompatible avec lamisère générale de la nation ; car, pour se livrer à cesnobles poursuites de l’intelligence et du sentiment, ilfaut être exempt des préoccupations brutales que nouscausent les grossiers besoins de l’estomac affamé, quenous imposent les privations matérielles lorsqu’elles sontpoignantes. La connaissance qu’on a de l’état des diffé-rentes populations qui recouvrent la terre, autorise àavancer qu’une nation, qui tout entière serait misérable,par la même raison serait barbare ; et réciproquement,toute nation qui sera barbare, présentera le tableaud’une grande misère. Rien n’égale le dénûment de cestribus sauvages que, par un bizarre écart de l’opinion,il était convenu, à la fin du siècle passé, d’admirercomme le type le plus parfait de l’espèce humaine. Ilfaut avoir été témoin de cette détresse pour y croire.Mais aussi rien n’égale leur ignorance, la grossièreté deleurs instincts et presque toujours la férocité de leursmœurs.
Par l’heureux enchaînement qui, dans le mondemoral comme dans le monde matériel, rattache ce qui