DOUZIÈME DISCOURS D’OUVERTURE. 261
la fusion des classes dans chaque État, la fusion des na-tions et des races au sein de la civilisation.
Insistons davantage sur ces généralités, Messieurs ;elles ont, vous le verrez bientôt, le lien le plus directavec notre sujet. Quand vous vous les serez bien assimi-lées en détail par une attentive analyse, vous aurez le se-cret de l’économie politique. Ce sont, en effet, les prin-cipes fondamentaux de la science économique elle-même.Celui qui possède bien les principes est comme le voya-geur qui est parvenu à un sommet d’où l’on domine unvaste pays ; il distingue clairement son chemin, il estcertain de ne pas s’égarer.
Une des faces essentielles du progrès consiste, ai-jedit, dans le développement de la liberté, et celle-ci semesure à la dose de responsabilité que les hommes ontla force de porter. Dans les sociétés primitives, l’hommeavait si peu de force morale pour soutenir la responsabi-lité de lui-même, que le législateur était forcé de le suivredans les détails de la vie pour lui prescrire impérieuse-ment tout ce qu’il avait à faire. La ration de liberté quiétait accordée à l’homme alors se trouvait ainsi infini-ment modique. De nos jours, l’homme s’est tellementfortifié, par rapport à la responsabilité, que le législateurjuge plus que superflues une multitude de prescriptionsdont étaient encombrés les codes des premiers peuples.
Tels faits, qui sont expressément interdits par les loisde Manou, et même par les lois de Moïse, sont des cri-mes impossibles aujourd’hui ; ou du moins la consciencede chacun est réputée une gardienne assez vigilante etinvestie d’assez d’autorité pour l’en garantir. Tels actessupposés avantageux à l’homme ou à la société, qu’au-trefois le législateur enjoignait sous des peines plus oumoins sévères, sont laissés de même au libre arbitre del’individu, toujours parla raison que la conscience et le