290 COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.
par suite de ce marché, quand moi, qui l’ai consommé,je ne le suis pas ? Et si le Français, qui a troqué son vincontre l’acier de l’Anglais ou de l’Allemand, est le tri-butaire de celui-ci, comment est-ce que l’Anglais oul’Allemand, qui a reçu la marchandise du Français enretour de la sienne, ne serait pas également tributaire, etcomment les deux parties pourraient-elles l’être en mêmetemps? La libre transmission des produits entre Etatscivilisés, sauf certaines dispositions fiscales destinéesà donner des revenus publics, est une des conquêtes ré-servées à un prochain avenir. La plupart des barrièresqui subsistent entre les Etats de l’Europe sont destinéesà tomber, comme sont tombées celles qui existaient,avant 1789, entre les provinces dé la France, et cellesqui séparaient, avant 1833, les différents Etats allemandsque réunit aujourd’hui le Zollverein. A l’appui de l’o-pinion que j’exprime ici, j’éprouve le besoin de vous ci-ter les paroles qu’un des philosophes les plus illustres denotre âge prononçait, en 1846, en pleine Académie.Vous verrez qu’il est allé bien au-delà de l’opinion quej’exprime ici :
« Au risque d’être pris pour ce que je suis, c’est-à-dire pour un philosophe, je déclare, disait M. Cousin ennovembre 1846, dans un excellent morceau sur AdamSmith, que je nourris l’espérance de voir se former peuà peu un gouvernement de l’Europe entière à l’image dugouvernement que la Révolution française a donné à laFrance. La sainte-alliance qui s’est élevée, il y a quel-ques années, entre les rois de l’Europe, est une semenceheureuse que l’avenir développera, non-seulement auprofit de la paix déjà si excellente en elle-même, mais auprofit de la justice et de la liberté européenne. Le pèrede l’économie politique a conçu l’humanité comme uneseule famille dont les membres concourent, par leur libre