PREMIÈRE LEÇON. 301
nir. Les historiens mentionnent ce fait sans aucun com-mentaire. Qu’était-ce donc? le caprice d’un vainqueur àqui ses prodigieux succès eussent fait tourner la tête ?Non, Messieurs, c’était une pensée desagesseet d’avenir.Alexandre n’était pas un conquérant delà race des Attilaet des Gengiskan ; Alexandre était un civilisateur, undigne élève d’Aristote. Quand il fit cette défense auxIchthyophages, il voulut les obliger à cultiver les cé-réales de l’Europe ou de l’Asie, sentant qu’il les préparaitainsi à la civilisation.
Voilà donc un premier exemple, emprunté à un ordrede faits assurément bien matériels, et qui indique uneliaison intime entre le développement de la civilisation,des facultés humaines, de la liberté enfin, et les progrèsindustriels du genre humain, ses conquêtes matérielles.
Je passe à un second exemple, et je le tire d’un nouvelordre de faits. Je le prends parmi les instruments in-ventés par l’industrie de l’homme pour l’aider dans sestravaux matériels, et je choisis le plus simple, le plusprimitif et le plus élémentaire de ces instruments, lacharrue. Ce rustique appareil est l’auxiliaire puissantet nécessaire de la civilisation du monde. Sans lui,pas de civilisation, je dirais volontiers, pas de sociétépossible. Aussi la charrue est-elle contemporaine detoute civilisation. Tous les peuples civilisés l’ont pos-sédée ; les peuples sauvages, au contraire, ne la con-naissent pas. Elle existait chez les Romains et chezles Grecs dès l’origine de leur histoire ; les Egyptiens,qui les ont précédés, s’en servaient dès la plus haute an-tiquité : les Chinois, dans un autre ordre de civilisation,ont aussi leur charrue. Mais les nègres à demi sauvagesdes rives de la Gambie, qui commencent à cultiver desgrains, se servent, au dire des voyageurs, d’une sorte debêche ou de pioche 5 et les indigènes des îles Canaries,