PREMIÈRE LEÇON. 307
Les bateaux à vapeur, qui sillonnent les mers et lesfleuves, disparaîtraient. Les voyages de long cours se-raient impossibles, car la membrure des vaisseaux nerésiste à la lame qu’à l’aide d’attaches et de chevilles enfer. Il faudrait réinventer les pirogues ou les galères.
Dans l’intérieur des continents, on ne voyagerait plus,si ce n’est sur les cours d’eau ou dans des litières commeen Chine, ou dans des charrettes non suspendues, non-seulement parce qu’il n’y aurait pas de chemins de fer,mais parce qu’il n’y aurait pas de diligences, attenduqu’il n’y a pas de diligence sans ressorts et que les res-sorts sont en acier.
Il nous faudrait, je l’ai déjà dit, renoncer en partie àces nombreux tissus qui servent aujourd’hui à la pro-preté, au vêtement, à la parure du moindre de nos sem-blables ; car, sans le secours des métiers en fer et de lamachine à vapeur, ces étoffes coûteraient tellement cher,qu’elles deviendraient, comme autrefois, le partage ex-clusif de quelques classes privilégiées.
Les sciences d’observation seraient supprimées ; carles instruments de précision nécessaires aux savants nepeuvent être fabriqués et divisés qu’au moyen d’outilsde fer et d’acier; et le jeu des instruments eux-mêmesest fondé sur l’emploi de ressorts d’acier.
Les plaisirs intellectuels seraient interdits au plusgrand nombre. L’imprimerie serait abolie, puisque lespoinçons et les matrices, qui servent à graver les carac-tères, sont en acier. Il faudrait retourner au régime desmanuscrits.
Et ne croyez pas que le fer puisse être remplacé par unautre métal. Les qualités qui le recommandent, et qui,jointes à l’abondance extrême de ses minerais dans.lanature, en rendent l’emploi si universel, lui sont parti-culières ; je citerai surtout celle de se souder à lui même,